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Visite au domaine Les Folies Douces, Alison Clément et Benoist Dumergue (Indre-et-Loire)

Ce vendredi matin de janvier, une pluie dense et froide ne nous fait pas renoncer à prendre la route en direction de Chemillé-sur-Indrois et plus précisément au hameau de la Fournerie. Destination finale chez Alison Clément et Benoist Dumergue, autrement dit « Les Folies Douces ». Le hameau domine la rive gauche de la vallée de l’Indrois. À l’opposé des pentes douces de l’Indrois, la forêt domaniale de Loches, installée sur le plateau, laisse un espace où cohabitent grandes cultures et… vignes ! Alison et Benoist nous accueillent dans la salle de dégustation. Pour commencer, un café chaud bienvenu avant les présentations du domaine et un tour dans les vignes.

Domaine Les Folies Douces - Touraine

Alison était éducatrice spécialisée et Benoist paysagiste. C’est en 2010 avec la formation taille de vigne au lycée viticole d’Amboise qu’a commencé l’aventure viti-vinicole du couple. Ils travaillent comme ouvriers viticoles, chacun dans un domaine de Montlouis-sur-Loire. Puis un tour de France des vignobles s’imposait, en camion, pour découvrir hors Loire ce qui se passait. Finalement, retour au bercail malgré quelques régions coup de cœur. L’appel de la Touraine (et de ses vins !) a été le plus fort. C’est en 2015 qu’Alison et Benoist achètent les lieux où sera créé quelques années plus tard « Les Folies Douces ». Ils découvrent qu’outre la maison, il y a dépendances, pressoir et 9 ha de vignes !

Parti au départ pour chercher un bien à restaurer en terre-paille, le couple de tourangeaux saisit l’occasion et c’est l’installation à la Fournerie. La concrétisation de ces années de reconversion arrive. Et c’est un retour aux sources pour Alison, originaire de Genillé, une commune limitrophe de Chemillé.

Les vignes sont en friche depuis quatre ans, les ronces et les jeunes charmes ayant pris leurs aises. Avec une volonté à toute épreuve, le parcellaire est petit à petit remis en état.

Le  1er août 2018, c’est la création de l’entreprise, avec bac pro passé à Amboise en poche. 2018 est aussi une année de très forte pression mildiou. L’année suivante, le gel de mai touche 95 % des vignes.

En 2020, le gel d’avril, le contexte inattendu de la crise sanitaire pour la commercialisation et l’approche des vendanges ont décidé le couple de lancer un financement participatif « MiiMOSA ». Nos vignerons ne se découragent pas et les vendanges 2020 se sont présentées sous de bons auspices. Le bouche à oreille fonctionne bien, la production est vendue en local, ce qui correspond aux convictions d’Alison et Benoist.

Alison Clément Benoist Dumergue Clos des Chartreux

Une accalmie nous permet d’aller voir les vignes. Mais quel est donc ce parcellaire du lochois classé en AOC Touraine ? Les 9 ha du domaine faisaient partie intégrante d’un clos de 17 ha dont on aperçoit au loin les piliers de l’ancienne entrée et la loge de vigne. Le Clos des Chartreux (nom de la parcelle cadastrale) appartenait, il y a environ 40 ans, à la Chartreuse du Liget, ancien monastère fondé en 1180 à Chemillé, en lisière de la forêt de Loches. L’implantation des vignes était probablement due aux moines de la Corroirie au 14e siècle. En 1990, il n’en restait que 6 ha…

Les 9 ha se divisent en 4 ha de Pinot noir N, plantés en il y a 30 ans et en 4 ha de Sauvignon B, plantés en plusieurs fois avec une première campagne de plantation il y a une vingtaine d’années. Et pour compléter le lot, 1 ha où se côtoient Chenin B, Côt N, Meunier N et Pinot gris G (Malvoisie en Touraine). Des futures plantations sont prévues, dans l’immédiat en cépages noirs : Gamay et Pineau d’Aunis (les plus anciennes mentions en Touraine connues, à ce jour, sont celles de l’enquête préfectorale de 1808 qui mentionne le cépage à Verneuil-sur-Indre et Loché-sur-Indrois, soit des communes de l’actuel canton de Loches auquel appartient Chemillé). Et pour les blancs, plusieurs pistes pourront être suivies : Chardonnay ou encore Orbois (Menu Pineau).

Le sous-sol appartient au Crétacé supérieur, notamment au Turonien (93,9 – 89,8 MA) et au Sénonien (89,8 – 72,1 MA) : le tuffeau jaune et la craie blanche en sont les représentants. Cela donne des sols argilo-calcaires et d’argiles à silex. Montmorillonite et kaolinite sont les argiles les plus souvent associées aux sous-sols cités. De nombreux silex jaunes à bruns sont visibles, ce qui n’épargne pas les outils de travail du sol…

Benoist Dumergue les Folies DoucesLes vignes orientées SSW sont en légère pente vers le ruisseau d’Aubigny et la Corroirie, château-monastère qui était dépendant de la Chartreuse du Liget.

Dans les vignes, on travaille le sol pour décompacter les argiles : sans labours, pour ne pas perturber les horizons du sol et ne pas créer d’érosion. L’enherbement est naturel. D’ailleurs on commence à s’apercevoir que l’herbe dans le rang protègerait des canicules… À cela s’ajoutent des engrais verts (comme la féverole pour éviter les carences en azote). En hiver, taille Guyot Poussard et curetage des ceps pour limiter l’esca. Pour les traitements, usage du cuivre très limité : pas plus de 2 kg/ha/an !

Sur une partie du parcellaire, Alison et Benoist ont le projet de remettre l’arbre dans la vigne. En effet, les petites vignes familiales aux alentours étaient toutes complantées avec des fruitiers, comme le pommier (il y avait ici une tradition cidricole).

dégustation domaine les folies douces

Retour à l’intérieur, casse-croûte et dégustation des 2019. En cave, c’est comme dans les vignes, c’est-à-dire juste ce qu’il faut d’intervention. Les vendanges sont manuelles, la vinification en levures indigènes. Pour le SO2, c’est avant la mise et parfois au pressoir. Les contenants d’élevage se composent de cuves fibre et demi-muids de 400, 500, 600 l.

2019, c’est la terrible année de gel, d’où l’achat de raisins (pas très loin dans le Loir-et-Cher, chez Isabelle Pangault et aux Pierres d’Aurèle) pour les cuvées « À la folie » et « Tocade ».

Dégustation

VDF « À la folie » 2019, Sauvignon, 14 %.
Élevage en cuve, pas de FML. Nez flatteur, arômes de fruits exotiques (agrumes et mangues). Vin équilibré, sensation de douceur en finale. Un Sauvignon gourmand pour ouvrir l’appétit.

VDF  « Insolent.e » 2019, AB, 12 %.
Sauvignon bio du Clos des Chartreux.
Élevage en cuve. Floral, légèrement herbacé, puis notes d’ananas. Sauvignon atypique, doté d’une belle fraîcheur. Cuvée plutôt taillée pour la table, avec des fruits de mer par exemple.

VDF, « Tocade » 2019, 14,5 %.
100 % Chardonnay, élevage sur lies en demi-muids, FML faite. Nez discret, floral. Tout en rondeur, arômes de fruits à chair blanche, finale sur l’amande. Une richesse qui confère un beau potentiel de garde.

VDF, « À la folie » 2019, Gamay, 13,5 %.
Robe rose saumonée. Notes de fraise, rosé fruité et vineux. Finale acidulée, sur la grenade. Vin pour l’apéro certes, mais il conviendrait très bien pour accompagner un repas, notamment sur du sucré-salé.

IGP Val-de-Loire, « La Courtisane » 2019, AB, 13 %.
Pinot noir bio du Clos des Chartreux.
Vinifié en grappe entière, 9 mois d’élevage en demi-muids, non collé, non filtré. Nez griotte, bouche cerise mûre, floral : rose, mauve. En bouche, sensation d’infusion. Le bois ne marque pas le vin. Finale légèrement épicée et délicate.

VDF « À la folie » 2019, Côt-Malbec, 13,5 %.
Vinifié avec un tiers de grappes entières. Semi-carbonique, non collé, non filtré.
Fruité, cassis, myrtille, cerise noire… mais c’est la violette qui domine. Une légère astringence apporte de la complexité. Un Côt digeste et floral.

Domaines Les Folies Douces
La Fournerie
Chemillé-sur-Indrois
06 72 77 04 20

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